Économie

Le rejet de l’accord sur le Brexit suscite une grande incertitude : quelles sont les prochaines étapes ?

— La livre sterling est passée de 1,115 € à 1,128 € à la suite du vote ; le FTSE 100 a perdu plus de 40 points en début de journée. — En l'absence d'accord, Schroders prévoit une récession au Royaume-Uni en 2019. — Les attentes du marché selon lesquelles le « soft » Brexit est maintenant plus probable nous semble présomptueux.

16/01/2019

Azad Zangana

Azad Zangana

Économiste senior européen et stratégiste

Azad Zangana, économiste et stratégiste européen en chef, déclare :

Comme attendu, le Parlement a voté contre la ratification de l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. L'opposition a été massive, 432 députés ayant voté contre et 202 pour. Il convient de noter que 118 députés du Parti conservateur ont voté contre leur propre premier ministre, alors que seulement quatre membres du Parti travailliste de l'opposition se sont rebellés et ont appuyé l'accord.

En réaction à la défaite, le premier ministre Theresa May a offert du temps au Parlement pour débattre de la question de savoir si le gouvernement jouissait toujours de l'appui de la Chambre des communes. Le chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a rapidement confirmé que son parti avait déposé une motion de censure à la Chambre, de sorte que le débat débutera aujourd'hui (mercredi 16 janvier), suivi du vote de censure à l'égard du gouvernement vers 19 heures ce soir. En supposant que les députés votent en accord avec leur parti et que le Parti unioniste démocratique (DUP) d'Irlande du Nord appuie son partenaire de coalition (comme il l'a suggéré), le gouvernement a de fortes chances de remporter le vote.

 

Quelle est la prochaine étape ?

En supposant que le gouvernement reste en place, Theresa May a déclaré que la prochaine étape consisterait à consulter les députés de tous les partis s’opposant à l'accord afin de prendre connaissance des conditions nécessaires pour obtenir leur appui. Le gouvernement prévoit ensuite de soumettre ces propositions d’ajustements à Bruxelles dans l'espoir de renforcer l'accord de retrait actuel.

Pour que l'UE soit disposée à revenir sur l'accord actuel, le gouvernement doit démontrer que les amendements proposés bénéficient d'un soutien suffisant pour obtenir un nouveau vote au parlement. Étant donné les multiples questions sur lesquelles le Parlement est divisé, il semble peu probable que le gouvernement puisse présenter un ensemble de propositions susceptibles de faire basculer au moins 116 députés.

Si le gouvernement persuade le Parlement de ratifier l'accord actuel ou l'accord élargi, le Royaume-Uni quittera l'UE le 29 mars et entrera dans une période de transition. Au cours de cette période, les relations futures, y compris les échanges commerciaux, les régimes douaniers et l'alignement réglementaire, devraient être finalisées.

 

Une récession probable au Royaume-Uni en l’absence d’un accord

En l'absence de ratification d'un accord, le Royaume-Uni quittera l'UE sans période de transition et sera probablement confronté à d'importants tarifs douaniers conformément aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ainsi qu'à des contrôles douaniers complets et à l'expiration de plusieurs autres adhésions ou associations importantes aux institutions européennes. Compte tenu de la fragilité de l'économie britannique, nous prévoyons alors une récession en 2019.

Un report du Brexit est possible. Le Royaume-Uni pourrait demander un délai temporaire (par exemple trois mois), mais cela nécessiterait le soutien unanime des 27 États membres de l'UE. Si le Royaume-Uni n'a pas fait de progrès pour obtenir une majorité en vue d'un accord, il est peu probable que l'UE soutienne un retard sans un mécanisme clair permettant de sortir le parlement britannique de l'impasse. Cela pourrait prendre la forme d'un deuxième référendum ou d'une élection générale. Alors que les élections au Parlement européen doivent avoir lieu en mai, l'UE tient à ce que l'adhésion du Royaume-Uni ne déborde pas sur le nouveau mandat, à moins que le Royaume-Uni ne décide de rester de manière permanente.

Si l'UE n'accorde pas de délai supplémentaire, le Royaume-Uni pourrait unilatéralement révoquer l'article 50, pour ne relancer le processus qu'à un stade ultérieur. Cela est peu probable et mettrait certainement en colère l'UE et l'opinion publique britannique, d'autant plus que cela relancerait techniquement le processus de négociation de deux ans.

 

Risque élevé de « hard » Brexit

Selon nous, le risque d'un « hard » Brexit est plus fort que jamais. En même temps, la nécessité d'une élection générale ou d'un second référendum pour sortir le Parlement de l'impasse semble plus apparente que jamais. D'après les dix derniers sondages d'opinion sur les intentions de vote, le Parti conservateur semble conserver sa position de parti minoritaire le plus important dans une élection générale. Toutefois, les conservateurs devraient perdre des sièges et il faudrait donc que le DUP et les libéraux démocrates forment une coalition (en supposant qu'une coalition avec le Parti travailliste et le Parti national écossais soit intenable). De plus, il faut se rappeler que les sondages d'opinion peuvent changer au cours d'une campagne électorale, et nous doutons que les événements récents viennent soutenir le gouvernement, même si Theresa May se retire et est remplacée par un autre candidat.

La perspective d'un deuxième référendum est rendue compliquée par les nombreuses options possibles pour un tel plébiscite. Cependant, selon les sondages dont les options étaient « remain », « deal » et « no deal », les partisans du Brexit étaient partagés entre les deux dernières options, laissant « remain » le choix le plus largement soutenu.

 

Le « soft » Brexit semble encore peu probable

Nous pensons que la possibilité d'un résultat positif à l'issue d'un second référendum et la perspective d'un report du Brexit ont contribué à renforcer la livre sterling ces derniers jours face au dollar américain et à l'euro. Les marchés semblent inclure dans les cours une plus grande probabilité d'un « soft » Brexit. Cependant, nous pensons que cette éventualité est encore présomptueuse.

La principale incertitude est maintenant de savoir comment le parti travailliste réagira s'il échoue dans sa tentative de déclencher des élections générales. Corbyn travaillera-t-il de façon constructive avec le gouvernement pour sortir de l'impasse ou continuera-t-il d'entraver le processus ? Les six critères du Parti travailliste concernant le Brexit se concentrent sur les relations futures, qui ne sont pas pertinents à ce stade de la négociation. Bien que ce ne soit pas la position officielle, de nombreux membres du Parti travailliste, dont Keir Starmer, secrétaire de Shadow Brexit, et Tom Watson, chef adjoint, croient qu'un deuxième référendum devrait être la prochaine option.

 

Point de vue d'une gérante de fonds

Rémi Olu-Pitan, gérante multi-actifs déclare :

On vous pardonnerait de supposer que les marchés financiers se soucient peu du Brexit et du chaos politique britannique ce matin, les marchés asiatiques ayant peu évolué et la livre sterling se redressant fortement après la clôture d'hier.

Cela indique que la défaite n'a pas été une surprise et que le marché s'attend à ce que la motion de censure échoue. Le marché est passé au Plan B, qui attribue une probabilité beaucoup plus faible à un résultat "sans accord". Alors que la pléthore d'options maintiendra la livre sterling et les actifs britanniques vulnérables au risque global dans les deux sens, la livre sterling et les actifs britanniques incluent déjà une prime Brexit importante.

La réaction immédiate des États membres de l'UE est cruciale, le soutien au Premier ministre et les possibilités de concessions, ainsi qu'une éventuelle extension de l'article 50 seront favorables à la livre sterling et aux actifs britanniques.

Au-delà de la volatilité à court terme, les perspectives des relations commerciales entre le Royaume-Uni et l'UE restent incertaines, ce qui ne contribuera en rien à réduire la prime de risque inhérente aux actifs britanniques.

 

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