Marchés

Pourquoi un euro fort n’empêche pas la croissance des bénéfices européens

« L’amélioration de la conjoncture des prix en Europe constitue l’un des facteurs susceptibles de compenser les difficultés causées par le renforcement de la devise. »

23/03/2018

Martin Skanberg

Martin Skanberg

Gérant actions européennes

Certains observateurs se sont inquiétés du rebond de l’euro contre le dollar US, craignant qu’il porte un coup d'arrêt à la dynamique des bénéfices en Europe. Si nous reconnaissons qu’une devise plus forte complique la tâche des exportateurs, nous identifions de nombreux autres facteurs à même de soutenir une croissance continue des bénéfices dans la région.

 

Renforcement de l’euro depuis plus d’un an

Comme le montre le graphique 1 ci-dessous, l’euro se renforce contre le dollar US depuis plus d’un an, ce qui n’a pas empêché la croissance robuste des bénéfices européens. Nous notons également qu’un environnement opposé, à savoir un dollar fort contre un euro faible, prévalait en 2015 et 2016 sans parvenir à doper les bénéfices des entreprises en Europe.

 

Graphique 1 : L’euro s’est récemment renforcé contre le dollar US

Taux de change USD/EUR

Source : Thomson DataStream, Schroders, données au 8 mars 2018.

 

Cela semble indiquer que les taux de croissance économique constituent un facteur plus important que le taux de change dans la stimulation des bénéfices des entreprises.

La force récente de l’euro reflète une économie plus robuste ; de fait, les fondamentaux sous-jacents de l’économie européenne sont sains.

Bien que l’appréciation de l’euro freine quelque peu la croissance des bénéfices par action (BPA) au sein de la zone euro, les estimations de BPA pour 2017, 2018 et 2019 ont toutes été révisées à la hausse en Europe continentale, comme l’indique le graphique 2 ci-dessous.

 

Graphique 2 : Les prévisions de bénéfices par action (BPA) révisées à la hausse

Source : Schroders, Thomson Reuters DataStream, au 20 février 2018. Prévisions de bénéfices pour l’indice MSCI Europe ex UK.

 

Amélioration de la conjoncture des prix pour les entreprises

Quel est l’élément moteur de ces révisions à la hausse des bénéfices ? Selon nous, il s’agit essentiellement du retour des pressions inflationnistes en Europe. Comme le montre le graphique 3, l’indice des prix à la production en zone euro n’est plus en territoire négatif.

 

Graphique 3 : L’indice des prix à la production en zone euro n’est plus négatif

Evolution en % sur 12 mois

 

Source : Thomson Reuters DataStream, données au 15 décembre 2017.

 

Cette reflation se traduit par un pouvoir de fixation des prix accru pour les entreprises, qui sont en mesure de relever leurs prix sans détériorer la demande. Nous estimons que l’effet positif de cette situation sur les marges bénéficiaires des entreprises compensera amplement l’impact négatif d’un euro fort.

Ces pressions inflationnistes sont la cause principale de notre optimisme pour la croissance des BPA en zone euro. L’inflation devrait continuer à progresser, car les capacités sont limitées en Europe tandis que le chômage recule. L’absence de capacités excédentaires signifie que les entreprises doivent soit croître afin de produire des volumes plus importants, soit relever leurs prix. D’autre part, des marchés du travail plus tendus incitent les employés à exiger des salaires plus élevés.

L’inflation, qui demeure inférieure à la cible de la Banque centrale européenne, ne devrait toutefois pas s’envoler.

La croissance des bénéfices en zone euro a déjà atteint 23 % sur un an glissant, comme le montre le graphique 4 ci-dessous. Il convient de noter que cette accélération a eu lieu malgré le renforcement de l’euro.

 

Graphique 4 : La dynamique des bénéfices est en nette amélioration

Croissance des bénéfices (% en glissement annuel)

 

Source : Barclays European Equity Strategy, données au 1er mars 2018.

 

Si le dollar US devait s’affermir à nouveau, suite à un relèvement des taux de la Fed plus rapide qu’anticipé par le marché, la dynamique des bénéfices en Europe s’en trouverait probablement renforcée.

 

Autres facteurs soutenant la dynamique des bénéfices

D’autres raisons nous incitent à envisager la poursuite de l’amélioration récente de la croissance des bénéfices en zone euro. Par exemple, la demande demeure robuste au sein du secteur manufacturier, alors que la croissance plus soutenue de la zone euro est elle-même en mesure de doper les bénéfices des entreprises exposées au marché domestique.

Un autre facteur est le rachat d’actions initié par de nombreuses sociétés, dans le sillage d’une tendance plus ancienne aux États-Unis. Cela devrait contribuer à la croissance des bénéfices, peut-être dans une mesure moindre que celle observée pour les titres américains.

Il est important de noter que l’Europe abrite des marques très solides. Les voitures haut de gamme et les produits de luxe en provenance d’Allemagne, de France et d’Italie ne peuvent être aisément remplacés par des alternatives moins coûteuses venues d’ailleurs. L’environnement de croissance mondiale actuel constitue un facteur positif supplémentaire, des marchés internationaux solides étant mieux à même d’absorber une hausse des prix que des marchés affaiblis.

L'introduction par les États-Unis de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium ajoute une certaine dose d’incertitude, même si le devenir de cette mesure est encore vague. Néanmoins, nous anticipons une poursuite de la croissance. Nous estimons que cette croissance, associée à l’amélioration de la conjoncture des prix, à une demande domestique robuste et à des marques européennes mondialement réputées, est en mesure de soutenir la poursuite de la dynamique de bénéfices positive en zone euro.

Réservé exclusivement aux investisseurs et aux conseillers professionnels.

Ce document exprime les opinions de l'équipe d'économistes de Schroders et ne représente pas nécessairement les opinions formulées ou reflétées dans d’autres supports de communication, présentations de stratégies ou de fonds de Schroders.

Ce document n’est destiné qu’à des fins d’information et ne constitue nullement une publication à caractère promotionnel. Il ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente d’un instrument financier quelconque. Il n’y a pas lieu de considérer le présent document comme contenant des recommandations en matière comptable, juridique ou fiscale, ou d’investissements. Schroders considère que les informations contenues dans ce document sont fiables, mais n’en garantit ni l’exhaustivité ni l’exactitude. Nous déclinons toute responsabilité pour toute opinion erronée ou pour toute appréciation erronée des faits. Aucun investissement et/ou aucune décision d’ordre stratégique ne doit se fonder sur les opinions et les informations contenues dans ce document.

Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Les cours des actions ainsi que le revenu qui en découle peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs peuvent ne pas récupérer le montant qu’ils ont investi.

Les prévisions contenues dans le présent document résultent de modèles statistiques, fondés sur un certain nombre d'hypothèses.

Elles sont soumises à un degré élevé d'incertitude concernant l'évolution de certains facteurs économiques et de marché susceptibles d'affecter la performance future réelle. Les prévisions sont fournies à titre d'information à la date d'aujourd'hui. Nos hypothèses peuvent changer sensiblement au gré de l'évolution possible des hypothèses sous-jacentes notamment, entre autres, l'évolution des conditions économiques et de marché. Nous ne sommes tenus à l'obligation de vous communiquer des mises à jour ou des modifications de ces prévisions au fur et à mesure de l'évolution des conditions économiques, des marchés, de nos modèles ou d'autres facteurs.

Ce document est produit par Schroder Investment Management (Europe) S.A., succursale française, 1, rue Euler, 75008 Paris, France.